Lorsque l’on mange une fraise, il est rare que l’on se pose la question du comment elle est arrivé là, dans votre assiette, puis dans votre bouche. Et c’est assez logique, pris que nous sommes par ce goût si particulier et cette saveur souvent attendue.

Alors, nous allons essayé de vous expliquer comment cette fraise arrive jusqu’à vous, tout ce que ça implique comme travail en amont pour notre culture en pleine terre, à l’extérieur.

Tout commence en fait en fin de saison, soit la fin de l’été ou le début de l’automne de l’année précédente. À ce moment-là, nous faisons un tour rapide de nos plantations pour enlever les derniers fruits. Certains seront consommés, d’autres serviront de compost de surface à proximité. Il faut ensuite couper et enlever les grosses feuilles et celles qui sont abîmées afin de laisser respirer les plants. Nous pouvons rajouter, pour l’hiver, des aiguilles de pins, voire un complément de fumier à proximité (pas au contact). Une fois ceci fait, nous devrons tout de même surveiller que des fleurs ne reviennent pas, car étant en région océanique, nous avons aussi ce problème. Il est inutile pour la plante de se fatiguer a essayé de refaire des fruits en automne, il n’arriverait pas à maturité avant l’hiver.

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Charlotte avant « nettoyage »: Novembre 2017

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Gariguette avant « nettoyage » de printemps

L’hiver passe, puis le printemps revient, et les affaires sérieuses reprennent. L’hiver a été passé en surveillance, surtout en cas de grands froids (ce qui est rare chez nous, extrêmement rare). L’avantage du pied de fraises, c’est qu’il n’est pas sensible au froid, dans une certaine limite de température et de durée de ce froid. Encore une fois, ceci est tellement rare chez nous que nous n’y faisons que très peu attention. Les pieds sont donc à l’air libre tout l’hiver. Le peu de froid qu’ils recevront les aidera ainsi à former de beaux cœurs, promesses que jolis et bons fruits à la saison prochaine.

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Gariguette « nettoyées »: Mars 2018

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De plus près, l’essentiel est là

 

Le printemps est donc là, les affaires sérieuses recommencent. Comme nous n’utilisons pas de couverture plastique ou autre du même genre, l’affaire commence par du désherbage, car le plant n’aime pas la concurrence immédiate. Nous passons donc tous les bacs, tous les emplacements de pieds de fraises en revue afin de désherber près des plants, et ensuite il faut faire le « nettoyage », c’est à dire enlever toutes les feuilles mortes ou abîmées, enlever les feuilles qui tombent vers le sol et ensuite celles en trop afin de laisser le cœur se développer. C’est comme si nous concentrions l’énergie du plant vers son cœur.

Nous parlons ici de plusieurs milliers de plants, de 11 variétés différentes. Autant dire que ça prend du temps, sachant que nous n’effectuons pas d’arrachage en masse en fin de saison pour tout replanter en début de saison, avec tracteur, couverture plastique du sol, sous serre, avec arrosage intégré, voire même en hors-sol complet. Tout est fait à la main, avec quelques outils style sécateur, croc pour assouplir un peu le sol, et biobêche s’il faut déplacer des plants.

C’est grand travaux de préparation ont commencé dès le 1er Mars 2018, et ils sont toujours en cours, car en parallèle nous préparons les espaces pour les légumes, effectuons des semis et des repiquages de plants.

Pour l’instant, 7 variétés ont été « nettoyées » de cette façon, il en reste donc encore à faire, et ce ne sont pas les moins nombreuses.

Afin d’avoir des récoltes étalées dans le temps en saison, il y a aussi la priorité donnée aux non-remontantes. Pour les fraises, comme pour les framboises par exemple, il y a des variétés remontantes (2 récoltes dans la saison: début d’été et fin d’été-automne) et les non-remontantes (1 récolte assez longue, environ 6 semaines).

Nous allons donc préparer en priorité les non-remontantes pour leur permettre de fructifier dans les temps, et ainsi profiter de l’humidité de début de printemps, ainsi que de son ensoleillement plus important. Viendront ensuite les non-remontantes que nous allons « nettoyé » aussi mais à qui nous allons aussi couper les fleurs, afin de retarder la fructification et de faire forcir un peu plus le plant. Pour les fraises, si le temps le permet, nous pouvons alors avoir 2, voire 3 récoltes en une saison, si le temps est de la partie. Nous tablons sur 2, nous sommes ainsi à peu près sûr de notre coup, même si les conditions météorologiques ne sont pas merveilleuses.

Maintenant que les plants ont été « nettoyés », il faut faire très attention pour les non-remontantes, car si le plant ne souffre pas du gel, les fleurs, elles, ne le supportent pas. Un coup de gel surprise, sur une variété, en 2016, nous a fait perdre les 2/3 de la récolte. Depuis, nous nous sommes équipés en voile (pas besoin de plus que nos latitudes) afin de protéger du gel nos fleurs en cas de températures négatives. Il en sera ainsi jusqu’aux Saints de glace, une surveillance constante de la météo est de rigueur, chaque jour afin de ne pas se laisser surprendre.

Une de nos variétés, la Gariguette, peut entrer en production dès début Mai, les Saints de glace ne sont pas passés, il nous faut faire avec et protéger le cas échéant, tout en commençant les récoltes qui peuvent durer 6 semaines.

L’avantage de la faire non-remontante, c’est une production importante et concentré dans le temps en général. L’inconvénient est aussi que cette production soit concentrée dans le temps, car il tombe en même temps que les repiquages extérieurs pour les tomates, piments/poivrons, aubergine et d’autres encore. Dans ce laps de temps, notre temps de travail quotidien passe à 12 ou 14 heures, ce qui est très éprouvant physiquement et aussi gratifiant car nous avons rempli la première partie de la saison, nous avons fait ce qu’il fallait depuis l’an dernier.

Vient ensuite la communication sur le fait que la récolte a commencé, que des fraises sont à la vente, et ensuite les clients qui viennent à nous ou nous qui allons à eux.

Mais ça ne s’arrête pas là, car nous entrons alors dans les fraises de pleine saison (les Matis par exemple) et dans le cycle des remontantes qui vont donner des fruits jusqu’à l’automne (et certaines fois jusqu’aux premières gelées). Dans ce laps de temps, il faut continuer les « nettoyages » sur les plants, afin d’éviter le pourrissement des fruits par exemple, et permettre aux plants d’être en bonne santé pour faire de beaux fruits. Et ceci ne concerne que les fraises, car à côté, nous avons d’autres fruits, des légumes et bien d’autres préparations pour l’automne en semis, plants et boutures.

En fin de saison de la fraise, nous recommençons comme expliqué au début de cet article, afin de préparer la saison suivante.

 

Nous voulions que vous sachiez ce que ça veut dire nous acheter des fraises, ce que ça implique comme travail réel, expliquant ainsi son « coût » et donc son « prix ».

 

À celles et ceux qui penserait que ‘laisser faire la nature » suffit, je vous invite à le faire et à me dire ce que ça donne. Sans être devin, dans la nature, les fraises que nous mangeons n’existent pas, elles sont toutes (à 2 exceptions près) des créations de l’humain, elles ne sont donc absolument pas conçues pour se débrouiller seules. En laissant faire, vous obtiendrez peut-être quelques fraises mais pas plus. Les fraises, c’est du soin, toute l’année, pour avoir des beaux fruits en quantité raisonnable.

En moyenne, à ce rythme, nos plants meurent entre 3 et 5 ans, ça dépend essentiellement de l’emplacement, de la météo (chaleur, sécheresse, humidité) mais aussi de la variété. En général, un plant est « mature » vers 2 ans, il entre donc en pleine production, et vous avez 2, peut-être 3, ans de pleine production, l’instant où ce plant vous donnera le plus de fruits. Ensuite il déclinera en donnant moins de fruits (malgré les soins apportés) pour finalement laisser sa place à la génération suivante.

 

Les plants de fraises que nous avons ont été en premier lieu achetés, puis nous les multiplions par stolons. Un stolons c’est une sorte de liane qui sort du plants afin de créer un ou plusieurs nouveaux plants par marcottage. Un stolon peut créer plusieurs nouveaux plants, un plant de fraise peut sortir plusieurs stolons. Certaines variétés sont très prolixes en stolon (la fraise Ananas par exemple). Le stolon aime le sec, ça lui permet un meilleur enracinement. C’est assez paradoxal. Une fois les racines sorties, la stolon peut être coupé du plant d’origine afin de récupérer le nouveau plant. Nous ne faisons pas de semis pour obtenir des nouveaux plants, cette technique est contraignante et sans aucune garantie de succès au final. Nous avons déjà essayé sans succès, aucun plant à l’arrivée. La méthode par stolon nous donne satisfaction et nous donne des plants sains aisément et rapidement.

 

Voilà, vous savez presque tout, il n’y a plus qu’à attendre l’arrivée des premiers fruits, début Mai si tout se passe normalement.

Comme toujours, si vous avez des remarques, des question, ou autre chose à dire sur ce sujet, vous pouvez commenter cet article ici, ou bien sur la page facebook Les Permafraises (en dessous de la publication).

 


1 commentaire

Jean Claude Divet · 24 mars 2018 à 5h20

Salut tous les deux !!
Je confirme que c’est vraiment du travail. Jusqu’à présent j’avais une centaine de pieds de Marra des bois (Depuis une bonne trentaine d’années je ne plante que de cette variété car je la trouve excellente). Cette année je dois les changer et je me demande si j’en mettrais pas un peu moins vu le travail que cela me demande comme expliqué ci dessus. Moi aussi je n’utilise pas de plastique comme paillage. J’utilise de la tonte que je fais sécher en été. ça permet d’avoir un apport pour le sol à la décomposition de ce genre de paillage. Et en plus ça limite la pousse de plantes accompagnatrices qui pourraient concurrencer les plants de fraises. Je vous souhaite à tous les deux une excellente fin de semaine. A bientôt !!

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