Dans cet article, nous allons essayer de livrer un part de notre expérience sur 10 années de travail (plus ou moins important) sur notre terrain afin d’expliquer comment nous en arrivons au résultat actuel, à savoir l’embryon d’un jardin vivant tendant vers ce que certains nomment un jardin-forêt.

Il nous aura fallu être patient avant d’atteindre le premier but fixé, refaire vivre un terrain afin d’avoir un espace vivant, que ce soit le sol ou les plantes/arbustes/arbres.

Lorsque vous partez d’un environnement « hostile » et sauvage quasi-nu, vous vous posez des questions, vous vous demandez quoi faire. Lorsqu’en plein été, vous voyez apparaître des fissures dans votre sol, vous vous posez des questions. Et lorsque vous voyez que la végétation ne dépasse pas les 20cm de haut, vous vous posez des questions. Et à toutes ces questions, vous devez trouver des réponses, si imparfaites soit-elles.

Le manque de temps venant se greffer sur toutes ces questions, vous optez pour quelque chose de simple, une tondeuse large diamètre (pour nous 53cm) avec une fonction mulching, ceci permettant de ne pas passer une journée entière à tondre et en plus que l’herbe tondue reparte directement d’où elle vient, du sol. Pendant 3 ans, nous avons fait ainsi avant d’avoir des graminées de près de 2m de haut, ce qui nous a changé des 20cm 3 ans plus tôt.

Ceci acquis, nous avons pu envisager d’aménager une zone d’environ 200m² qui allait constituer notre premier potager, les notions de permaculture, jardin vivant ou agroécologie étant alors bien loin de nous. Nous avons seulement associé certaines cultures. Tout ceci commence alors à l’automne 2010, avec un vieux croc, une pelle, un râteau et un louchet. Tout l’automne pour scalper la zone, afin de séparer la terre des herbes et de leurs racines, de constituer ensuite des andains, et finalement de couvrir le tout avec les herbes hautes et de la tonte, tandis que les passe-pieds étaient eux recouvert de tailles de thuyas. Personne n’est parfait, nous avons fait avec ce que nous avions, il ne s’agit pas là de donner un conseil, juste d’expliquer ce que nous avons fait.

Dès le printemps qui a suivi, nous avons commencé les cultures sur cet espace d’environ 200m², des tomates, des courgettes, des carottes, de l’ail, de l’oignon, avec quelques aromatiques (lavandin, romarin, arbre à curry, etc…). Dans le courant de l’été, nous avons commencé à constituer la seconde zone, passant ainsi de 200m² à environ 500m², une zone jouxtant la précédente. Même travail, on scalpe, on creuse un petit peu, on fait des andains, et on couvre si possible au fur et à mesure. À l’automne 2011/Printemps 2012, nous avons 500m² disponible pour continuer nos cultures, avec des courges, des fraises, des framboises, des sauges, des aromatiques implantés partout, sur quasiment chaque andain. Nous décidons aussi d’acheter quelques arbres fruitiers (pommes, poires et prunes: 6 au total) afin d’entourer un peu cette zone de culture.

Sans entrer totalement dans tous les détails, a ensuite succédé l’achat de 2 serres de 18m², dont une ne servira que de support à des plantes grimpantes (sans la bâche) et l’autre sera mise en culture, puis ré-aménagée à l’intérieur avec des bacs pour tenir la terre. Une 3ème serre de 30m² viendra compléter cet aménagement et enfin la serre faite maison en forme de toile de tente.

En 2014, la question se pose de savoir ce vers quoi nous voulons tendre, ce que nous voulons faire sur ce terrain. Nous avons désormais Internet, nous cherchons, lisons, surfons, visionnons, analysons, et nous arrivons à plusieurs conclusions. Nous voulons un espace de vie, autant pour nous que pour la faune et la flore sauvage. Nous voulons essayer de créer un espace abondant tout en ne le déséquilibrant pas, ce qui n’est pas une mince affaire. Nous devons alors faire des choix pour structurer notre projet mais aussi des choix financiers.

À ce moment là, le choix est presque simple, même si la décision l’est moins. Soit nous faisons tout nous-mêmes, y compris les arbres fruitiers, soit nous en achetons. D’un côté, faire ces arbres fruitiers est une économie substantielle financièrement parlant mais la réussite n’est pas acquise et le temps pour arriver à des arbres matures est long. De l’autre côté, nous achetons les arbres, nous dépensons financièrement pour accélérer le temps. Nous avons opté pour l’accélération du temps par la dépense financière pour la raison du gain de temps mais aussi car nous n’avons pas d’expérience en ce qui concerne la culture et la greffe d’arbres fruitiers. Bien nous en a pris au final, en tout cas dans l’état actuel des choses.

Nous voici donc, fin 2014, avec une soixante de trous attendant les arbres fruitiers. Au final, entre ceux achetés cet automne-là et ceux issus de notre propre production, nous arrivons à environ 120 arbres fruitiers sur le terrain. D’autres viendront, essentiellement issus d’arbres à noyaux (abricotiers, pêchers, nectariniers par exemple) dans les années qui viennent. Nous avons défini des zones que nous souhaitons garder avec le plus de soleil possible, et en fonction, les arbres fruitiers ont été répartis autour de ces zones. 3 grandes zones en clairière ont donc été définies, les arbres fruitiers bordent ces zones.

Nos arbres fruitiers ne sont pas seuls, ils sont quasi systématiquement accompagnés de plantes aromatiques (lavande/lavandin, romarins, arbre à curry, armoise camphrée, sauges, etc, etc) car nous avons remarqué très tôt l’apport plus que bénéfique de ces plantes à tous les niveaux possibles: sol, pollinisateur, compagnonnage, et bien d’autres. Les couvertures suivent afin de délimiter les zones clairières, nous pourrons ensuite définir des zones de culture à l’intérieur de ces zones et aussi laisser une place au sauvage. Durant 2 ans, selon les températures, les arbres fruitiers ont reçu 10l d’eau chacun tous les 15 jours à 1 mois. L’été dernier, alors que la sécheresse était bien installée, nous n’avons pas arrosé les arbres fruitiers, seulement soulevé la terre près de ceux qui souffraient le plus, et ça a suffit. En trois ans, nous avons mangé nos premières prunes, des poires et des pommes, et un abricot chacun (nous sommes 3), ainsi qu’une bonne quinzaine de kiwi. Ça peut paraître peu, mais des gelées tardives sont venues faire du mal à la floraison et le milieu de l’été maussade (mais pas pluvieux) n’ont pas aidé. L’essentiel est que les arbres s’installent bien, qu’ils vivent et grandissent, car nous savons que nous avons encore quelques années à attendre, d’autant plus que ce sont tous des arbres de plein vent.

Dans nos zones de clairière, l’an dernier a vu la création de zone de culture, qui nous a permis d’augmenter notre production de tomates, d’aubergines et de piments/poivrons. Il a fallu un peu courir, car tout est fait avec des outils à mains, nous ne disposons pas, et ne voulons pas disposer, d’outils tels que des motoculteurs. Nous avons fini nos zones avec un peu de retard, ce qui fut préjudiciable cette année pour les courges par exemple.

Dans cet article, nous voulions montrer qu’au delà des jolis discours, des mythes et légendes sur la néo-ruralité, rien n’est simple, rien ne se fait en un claquement de doigt, tout ne fonctionne pas du premier coup, tout ne fonctionne pas toujours, et que des fois ça ne fonctionne pas du tout, et qu’il faut faire avec. Que l’on peut « accélérer » le temps dans une certaine mesure, mais pas pour tout. Que si l’on prend un chemin comme celui-ci, ce n’est pas rose tout le temps et qu’il y a des moments de découragements, et que de ces moments il faut apprendre afin d’avancer de nouveau, pour reculer peut-être mais en tout cas apprendre, même et essentiellement de ses échecs.

Pour ceux qui seraient tentés de croire que tout ceci est facile, relisez l’article une fois encore, et imaginez-vous entre patience et travail physique, tout ceci sur 10 ans de temps, en sachant pertinemment que vous en avez peut-être encore pour 10 ans à venir. Il ne s’agit pas de décourager les vocations, juste de ne pas mentir sur le sujet.

Il y a des bons moments, lorsque vous trouvez, même sans un point d’eau sur le terrain, des crapauds, une myriade de libellules, que vous croisez un hérisson qui s’enfuit aussi vite qu’il peut, que vous avez votre rouge-gorge qui vous accompagne au jardin malgré la présence de vos chats, que vous sentez cet merveilleuse odeur de romarin lorsqu’il est en fleur en début de saison alors que vous débroussailler juste à côté, que vous voyez vos arbres fruitiers sortir les fleurs les uns après les autres, au gré des températures et des espèces, que vous voyez vos tomates enfin se former et grossir. C’est ceci qui nous pousse chaque année, et les fraises sont en première place dans ce palmarès.

Il y a du bon, toujours, qui vient compenser la fatigue, les efforts, les coups de mou. L’un n’existe pas sans l’autre, et vice versa. Il faut en être conscient, l’admettre et l’accepter, sinon tout projet de ce type est voué à l’échec. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, au risque, comme Icare, de se brûler les ailes trop tôt et de briser son « rêve » en l’empêchant alors de devenir réalité, irrémédiablement. Tout effort se paie un jour, en bien ou en mal, quoiqu’il arrive.

Tendre vers une forme d’autonomie alimentaire est une chose, mais pour nous, ce projet est un projet d’ouverture aux autres, d’échanges de mots mais aussi de matériels, que ce soit des outils, des graines, des plants. Et comme il faut bien vivre, une partie de cet échange se fait en argent.

Nous rejetons par contre toute dimension mystique, ésotérique ou autres, car pour nous ça n’a pas lieu d’être. Nous ne sommes pas à la recherche d’un gourou et ne souhaitons pas en devenir. Nous ne pensons pas en ces termes ce que nous faisons.

Un jour, quelqu’un nous a dit que notre terrain est rempli de poésie, je crois que cette définition est sans doute la meilleure que nous ayons pour définir ce que nous faisons. La poésie est faite pour tout le monde, elle est faite pour être partagée, et elle est vivante.

Je ne sais pas si vous en tirerez quelque chose, si cet article vous parlera ou pas, mais la nouvelle année qui commence implique aussi certaines clarifications sur beaucoup de choses, avec moins de photos, plus de mots, afin que vous nous compreniez, dans ce que nous faisons, comment nous le faisons et dans quel but.

Je ne peux que vous encouragez, vous qui avez ce type de projet, à bien réfléchir, à bien vous poser avant de vous lancer, de laisser les chimères et autres contes joyeux de côté, à bannir toute mystique idéalisée du monde rural (qu’il soit néo ou pas), car vous entrez dans un monde qui ne fait pas de cadeaux, qui est rigoureux et sérieux. De la sueur et des larmes en quelque sorte, mais pour faire jaillir de la vie.

Je vous encourage à commenter si vous le désirez, nous ne détenons aucune vérité absolue, juste un peu de la nôtre, ni plus, ni moins, et nous sommes toujours curieux de retour d’expérience d’autres personnes.

Que la nouvelle année soit bien verte et nous serons contents, avec de la couleur bien sucrée pour assaisonner.


9 commentaires

Jean Claude Divet · 4 janvier 2018 à 16h20

Salut Christophe !!

Très intéressant comme projet. Ce doit être intéressant de voir les choses avancer d’années en années. En permaculture il ne faut pas vouloir en faire trop d’un seul coup pour éviter le découragement. En ce qui concerne les arbres fruitiers si tu as planté par exemple 8 abricotiers (2 arbres de la même variétés, 2 autres de variété différente, 2 autres variété différente et 2 autres variété différente ça te fera 8 abricotiers). Il est vivement conseillé d’alterner les qualités. J’espère que mes explications sont assez claires. ça permet qu’ils se protègent entre eux contre les maladies. Ceci dit, bravo pour tout ce travail accompli. Continue dans ce sens. Il va y avoir encore des changements à venir. D’ici quelques années la parcelle va changer d’aspect encore. Bon courage pour la suite.

    Christophe · 5 janvier 2018 à 13h06

    Salut Jean-Claude

    juste pour la précision, nous sommes 2 sur le coup, même si j’écris la plupart des articles pour le site, ma femme est aussi partie prenante.
    Concernant les arbres fruitiers, dans chaque espèce plantée, nous avons systématiquement pris plusieurs variétés (2, 3 ou 4 si possible). Nous avions déjà bien étudié la chose avant l’achat, en plus de ce que nous avions déjà, et avons eu par la suite.
    Merci pour les remarques en tout cas.
    Je vois déjà à la taille des troncs que certains arbres sont bien en place, et peut-être aurons-nous cette année une production bien meilleure que l’an dernier. Nous verrons bien ce que ça dit d’ici 3 ou 4 mois.
    À bientôt.

      Jean Claude Divet · 5 janvier 2018 à 13h34

      Désolé la prochaine fois je tiendrais compte de la remarque. En plus je le savais. Je suis d’autant plus impardonnable. Bonne fin de semaine à tous les deux !!

        Christophe · 5 janvier 2018 à 18h35

        Pas grave, je ne suis pas seul dans cette aventure, et c’est tant mieux. Bonne fin de semaine à toi (vous ?) aussi.

      Jean Claude Divet · 5 janvier 2018 à 19h18

      Quant à moi je suis seul dans ce domaine. Ma femme ce n’est pas son truc. Effectivement à deux c’est mieux.

        Christophe · 5 janvier 2018 à 19h19

        Je te confirme… Toujours un pour booster l’autre.

      Jean Claude Divet · 5 janvier 2018 à 19h20

      Je me doute.

olivyeahh · 7 janvier 2018 à 22h10

Je re-globe 😀
Ouais, ça fait que 5 ans pour moi, avec 2 ans pour redonner de la vie à la terre…
Persévérer, encore et encore

Jardin: Comment ça se passe en pratique | le blog d'Olivyeahh · 7 janvier 2018 à 22h15

[…] la suite: Comment ça se passe en pratique […]

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